Appel à article

Revue "Communiquer"

Crises sanitaires et communication : enjeux sociétaux et organisationnels

Coordination du dossier par :
Hélène ROMEYER, Université Bourgogne–Franche-Comté, France
Stephanie FOX, Université de Montréal, Canada

La santé est définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme « un état de bien-être physique, mental et social complet et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » (OMS, 1946). Cette définition souligne les interactions de toute une série d’éléments autres que physiologiques pour concourir à un « état de bien-être physique, mental et social ». La complexité se situe alors au niveau de ces interactions, et ce, tant au niveau individuel que collectif, au niveau des organisations que de la société tout entière, etc. Ainsi, la santé n’est plus seulement une affaire individuelle mais aussi une préoccupation collective. Ce rapport de force individuel/collectif de la santé est particulièrement manifeste à l’intersection de deux approches : celle de l’espace public (Contandriopoulos, Denis, et Langley, 2004; Habermas, 1962; Romeyer, 2011) et celle de la sphère organisationnelle (Apker, 2012; Bonneville, 2003; Carré et Lacroix, 2001; Cherba et Vásquez, 2014; Cordelier, 2013, 2019; Harrison et Williams, 2016; Mayère, 2013; Zook, 1994). Ici, la santé invoque nécessairement des questions de gouvernance et de citoyenneté, de politique et d’économie, d’innovation et de surveillance, de rôle et de responsabilité.

Cette imbrication complexe de la santé, de l’espace public et de la sphère organisationnelle est mise en évidence en période de grandes crises sanitaires et d’épidémies, dont l’actuelle pandémie du COVID-19 est une des manifestations les plus entropiques. Il faut noter qu’au XVIIIe siècle, épidémie et pandémie étaient en français synonymes. Ce n’est que plus récemment que le terme d’épidémie est requalifié en pandémie lorsqu’elle s’étend à toute la population d’un continent. Pour l’OMS ce terme ne s’applique qu’en « cas de propagation mondiale d’une nouvelle maladie » (OMS, 2010). Confrontée à des défis épidémiologiques, économiques, émotionnels (Dujardin et Lépine, 2018), la santé en situation de pandémie révèle des failles précédemment cachées, tout comme elle est au centre d’innovations et d’expérimentations inédites. Ce sont à la fois les processus de publicisation et les pratiques organisationnelles des sociétés tout entières qui sont bousculées.

Bien évidemment les premiers scientifiques à être saisis de la question en situation de crises sanitaires et à qui l’on demande des solutions sont les spécialistes de médecine, de virologie, d’épidémiologie, etc. Pour autant, le choc provoqué par les situations de pandémie et les mesures qui accompagnent ces situations d’exception doivent être l’occasion pour les sciences humaines et sociales de s’exprimer, notamment, en ce qui nous concerne, pour les experts en matière de communication. Les mesures de distanciation, de confinement, le télétravail, le chômage partiel, la fermeture des frontières n’ont pas seulement remis en cause les fondements de la mondialisation, des échanges commerciaux et la structuration de l’économie mondiale. Ces mesures inédites ont aussi interrogé profondément une série de rapports tels que : impératifs sanitaires / priorités économiques; valeurs, décisions et actions individuelles / collectives; centralisation de la décision et de la responsabilité / délégation aux états ou collectivités. Cela a également fait émerger ou accéléré certaines pratiques de travail, de consommation, de consommation culturelle en lien avec les techniques d’information et communication.

Nombre de travaux ont abordé les questions de santé ou une pandémie en particulier. Ces travaux ont abordé des questions de médiatisation (Lee et Basnyat, 2013; Marchetti, 2010), des scandales (Henry, 2000), la place et le rôle des associations (Akrich, Meadel, Rabeharisoa, 2009; Sastry et Lovari, 2017), les aspects organisationnels (Carré et Lacroix, 2001; Grosjean et Bonneville, 2007; Mayère 2013), la numérisation du secteur (Cordelier et Galibert, sous presse; Romeyer 2012), une pathologie en particulier (Mignot et Omrane, 2018; Ollivier-Yaniv, 2015), etc. Tous ont permis de montrer les mutations à l’œuvre dans le champ de la santé : informatisation, numérisation, médiatisation, publicisation, l’émergence des malades, empowerment, etc. L’ensemble de ces mutations sont non seulement encore à l’œuvre mais interagissent entre elles. Et elles se trouvent exacerbées en situation de pandémie.

Toutefois, ce que ce numéro spécial de la revue Communiquer souhaite interroger les modalités de la publicisation d’une pandémie au regard des modalités organisationnelles sur lesquelles elle débouche. Ainsi, ce dossier thématique a pour objectif de susciter la réflexion autour des situations de pandémie, passées ou en cours, en privilégiant les approches en termes d’espace public et en termes organisationnels. Outre l’intention de penser les processus de publicisation, les modalités organisationnelles, ou les enjeux de la numérisation d’un certain nombre de pratiques, nous appelons des textes portant une réflexion théorique ancrée dans des observations empiriques afin de contribuer au renouvellement des pistes de recherche ou des pratiques autour de quatre axes apparaissant particulièrement pertinents.

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Clara Galliano