Archives de catégorie Séminaires externes

Réflexion sur les mobilisations en ligne dans le cadre des mouvements sociaux

Le Centre Internet et Société du CNRS vous invite à sa prochaine séance de séminaire avec Valérie Schafer (Université du Luxembourg), puis une présentation/débat préparée et animée par Mélanie Dulong, Ksenia Ermoshina et Olivier Alexandre, chercheur.se.s au CIS, sur les moyens de mobilisation et de soutien rendus possibles par les outils numériques et Internet.

Rendez-vous mardi 28 janvier 2020 de 14h à 16h en salle 255, 59-61 rue Pouchet, Paris 17e, Métro Brochant ou Guy Môquet.

Merci de vous inscrire à cis@cnrs.fr

Valérie Schafer est professeur d’histoire européenne contemporaine au C²DH (Centre luxembourgeois d’histoire contemporaine et numérique) à l’Université du Luxembourg depuis février 2018. Elle a précédemment travaillé au CNRS en France et est toujours chercheur associé au Centre pour l’Internet et la Société (CIS – CNRS UPR 2000). Elle est spécialisée dans l’histoire de l’informatique, des télécommunications et des réseaux de données. Ses principaux intérêts de recherche sont l’histoire de l’Internet et du Web, l’histoire des cultures et des infrastructures numériques européennes, et le patrimoine numérique (en particulier les archives du Web).

De quoi l’histoire du Web fait-elle l’histoire ?

Si les historien-ne-s se sont d’abord intéressé-es à l’histoire d’Internet avant celle du World Wide Web, la recherche dédiée au Web s’est développée ces dernières années, en lien avec un intérêt croissant pour les usages et les cultures numériques. Les archives du Web ont également contribué à stimuler l’intérêt pour la Toile et cette intervention se propose de revenir sur ces jalons historiographiques récents et majeurs. Aussi nous interrogerons en trois temps les territoires balisés, mais aussi les opportunités qui s’ouvrent pour l’histoire du Web : après avoir considéré les recherches liées aux « temps pionniers » et au World Wide Web en tant qu’innovation socio-technique, seront abordés les travaux portant sur le « Web en contexte » (et notamment à l’échelle nationale). Enfin, le « Web en société » et ses cultures numériques sont également devenus un terrain d’étude fécond, pour lequel nous développerons également quelques exemples et pistes de recherche. Ces trois axes invitent à penser l’écriture d’une histoire qui nous parle autant du Web du passé que du présent de la recherche.

Valérie Schafer est professeure d’histoire européenne contemporaine au C2DH, à l’université du Luxembourg et chercheuse associée au Centre Internet et Société (CNRS UPR 2000). Après avoir consacré sa thèse à l’histoire des réseaux Cyclades et Transpac et son HDR à l’histoire du Web en France dans les années 1990, elle poursuit ses recherches sur l’histoire de l’informatique, des télécommunications et des cultures numériques. Elle a récemment publié En construction. La fabrique française d’Internet et du Web dans les années 1990 (Ina Éditions, 2018), co-publié avec Camille Paloque-Bergès, Francesca Musiani et Benjamin Thierry Qu’est-ce qu’une archive du Web ? (OpenEdition Press, 2019) ou encore co-dirigé avec Claire Blandin et François Robinet (et la contribution d’Emmanuelle Fantin) l’ouvrage collectif Penser l’histoire des médias (CNRS Éditions, 2019). Elle est également co-éditrice de la revue Internet Histories.
 
Mobilisation de l’ESR et soutien aux mouvements sociaux : répertoires de modes d’actions en ligne

En deuxième partie, conformément à ses domaines de recherche, le CIS souhaite engager une réflexion sur les moyens de mobilisation et de soutien rendus possibles par les outils numériques et Internet. Dans le cadre actuel de mobilisations critiques autour du projet de Loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), nous vous proposons une discussion collective sur les façons dont le secteur de l’ESR peut se mobiliser et soutenir les mouvements de grève de manière efficace et constructive, avec une attention particulière à l’activisme en ligne.

Calendrier des séances suivantes :

26 février 2020 (attention, exceptionnellement un mercredi) 14h-16h : Dominique Cardon et Jean-Philippe Cointet (médialab SciencesPo)
24 mars 2020, 14h-15h30 : Nicolas Baya-Laffite (Université de Lausanne)
28 avril 2020 : en attente
2 juin 2020, 14h-15h30 : Gregory Asmolov (King’s College, Londres)

Ce que le numérique fait aux livres

Bertrand Legendre est professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 13 depuis 2007. Responsable du Master Politiques éditoriales et de la mention Édition du domaine Culture et communication, il dirige le LabSIC et le laboratoire d’excellence ICCA (industries culturelles et création artistique).  Il est également professeur associé à l’université de Sherbrooke (Canada) depuis 2009. Son dernier ouvrage est disponible aux PUG.

En revenant sur le développement du numérique dans la filière du livre, Bertrand Legendre examine ses implications en fonction des catégories éditoriales. Ce faisant, il s’applique à inscrire ses analyses dans la longue durée et met au jour les continuités ou évolutions qui marquent des notions et des pratiques telles que l’autoédition et la légitimation. Loin des discours sur « la mort du livre » et sa « révolution numérique », il dresse un bilan nuancé des mutations en cours, précisant selon la nature de la production éditoriale, la place que le numérique y prend entre processus de production et dispositifs promotionnels, entre GAFAM et rematérialisation. Glissement d’une économie de biens vers une économie de services, injonction numérique, redistribution des rôles, répartition de la valeur, diversité, nouveaux rapports de forces entre l’édition et les autres industries culturelles, toutes ces sujets permettent de prendre la mesure du phénomène et de ses ambivalences.

La diffusion des connaissances à l’ère numériques. Du libre accès à l’évaluation de la recherche

Vincent Larivière est professeur agrégé à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, où il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante. Il est également directeur scientifique de la plateforme de diffusion de revues numériques Érudit, directeur scientifique adjoint de l’Observatoire des sciences et des technologies (UQAM) et membre régulier du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST).

Il y a plus de 350 ans, les premières revues savantes voyaient le jour; diffusant à travers l’Europe les nouvelles connaissances produites et consolidant la communauté scientifique. L’ère numérique est venue transformer à la fois leur rôle traditionnel et leur forme, et a permis la mise en place d’importantes bases de données sur la diffusion des connaissances. Basé sur des données historiques et contemporaines, cette présentation discutera des transformations passées et présentes de la communication savante, en mettant l’emphase sur les fonctions des revues savantes à l’ère numérique, le libre accès, l’évaluation de la recherche et les revues prédatrices.

Vers les lumières numériques. Autour des usages savants de l’Internet

Pierre Lévy est membre de la Société Royale du Canada. Il a été titulaire de la Chaire de Recherche du Canada en Intelligence collective à l’Université d’Ottawa de 2002 à 2016. Il est actuellement professeur associé à l’Université de Montréal et membre du CRIHN (Centre de recherche inter-universitaire sur les humanités numériques).  Ses recherches actuelles portent sur (a) les conditions scientifiques et techniques d’une intelligence collective réflexive; (b) la mise en œuvre d’ IEML(Information Economy MetaLanguage), une langue à la sémantique calculable dont il est l’inventeur, au service de l’indexation des données.

Il a publié plus d’une douzaine d’ouvrages sur la mutation numérique, traduits dans une quinzaine de langues, parmi lesquels : La sphère sémantique, Hermès-Lavoisier, 2011; Qu’est-ce que le virtuel? La Découverte1995 ; L’intelligence collective. La Découverte, 1994.

L’ambition de cette communication est de contribuer à la définition de nouvelles « lumières numériques » autour des usages savants de l’Internet. Après avoir rappelé quelques grands principes du mouvement de la science ouverte et la nécessité d’une ré-appropriation de leurs données par les utilisateurs, je dessine un projet épistémologico-politique visant la mise en transparence des opérations de construction de connaissance par la communauté des chercheurs en sciences humaines. Ce programme se décline en trois points, selon la tripartition des actes de langage chez Austin. A l’étage locutoire, je propose l’utilisation d’une langue à la sémantique calculable (IEML) comme métalangage documentaire. A l’étage illocutoire, je propose une formalisation des multiples rôles et règles de communication ainsi que des types de référence mis en œuvre par la communauté savante. La mise en transparence des deux premiers étages de la production de sens permettrait de retracer, avec l’engagement des chercheurs, les processus perlocutoires de construction d’autorité. Ce programme vise l’émergence d’une boucle d’intelligence collective réflexive dans la communauté savante, boucle dont l’exemplarité devrait permettre la percolation et la diffusion progressive dans d’autres communautés.

Extrait d’un long article publié par la revue Sens Public