Archives de catégorie Séminaire externe

Ce que le numérique fait aux livres

Bertrand Legendre est professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 13 depuis 2007. Responsable du Master Politiques éditoriales et de la mention Édition du domaine Culture et communication, il dirige le LabSIC et le laboratoire d’excellence ICCA (industries culturelles et création artistique).  Il est également professeur associé à l’université de Sherbrooke (Canada) depuis 2009. Son dernier ouvrage est disponible aux PUG.

En revenant sur le développement du numérique dans la filière du livre, Bertrand Legendre examine ses implications en fonction des catégories éditoriales. Ce faisant, il s’applique à inscrire ses analyses dans la longue durée et met au jour les continuités ou évolutions qui marquent des notions et des pratiques telles que l’autoédition et la légitimation. Loin des discours sur « la mort du livre » et sa « révolution numérique », il dresse un bilan nuancé des mutations en cours, précisant selon la nature de la production éditoriale, la place que le numérique y prend entre processus de production et dispositifs promotionnels, entre GAFAM et rematérialisation. Glissement d’une économie de biens vers une économie de services, injonction numérique, redistribution des rôles, répartition de la valeur, diversité, nouveaux rapports de forces entre l’édition et les autres industries culturelles, toutes ces sujets permettent de prendre la mesure du phénomène et de ses ambivalences.

La diffusion des connaissances à l’ère numériques. Du libre accès à l’évaluation de la recherche

Vincent Larivière est professeur agrégé à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, où il est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante. Il est également directeur scientifique de la plateforme de diffusion de revues numériques Érudit, directeur scientifique adjoint de l’Observatoire des sciences et des technologies (UQAM) et membre régulier du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST).

Il y a plus de 350 ans, les premières revues savantes voyaient le jour; diffusant à travers l’Europe les nouvelles connaissances produites et consolidant la communauté scientifique. L’ère numérique est venue transformer à la fois leur rôle traditionnel et leur forme, et a permis la mise en place d’importantes bases de données sur la diffusion des connaissances. Basé sur des données historiques et contemporaines, cette présentation discutera des transformations passées et présentes de la communication savante, en mettant l’emphase sur les fonctions des revues savantes à l’ère numérique, le libre accès, l’évaluation de la recherche et les revues prédatrices.

Vers les lumières numériques. Autour des usages savants de l’Internet

Pierre Lévy est membre de la Société Royale du Canada. Il a été titulaire de la Chaire de Recherche du Canada en Intelligence collective à l’Université d’Ottawa de 2002 à 2016. Il est actuellement professeur associé à l’Université de Montréal et membre du CRIHN (Centre de recherche inter-universitaire sur les humanités numériques).  Ses recherches actuelles portent sur (a) les conditions scientifiques et techniques d’une intelligence collective réflexive; (b) la mise en œuvre d’ IEML(Information Economy MetaLanguage), une langue à la sémantique calculable dont il est l’inventeur, au service de l’indexation des données.

Il a publié plus d’une douzaine d’ouvrages sur la mutation numérique, traduits dans une quinzaine de langues, parmi lesquels : La sphère sémantique, Hermès-Lavoisier, 2011; Qu’est-ce que le virtuel? La Découverte1995 ; L’intelligence collective. La Découverte, 1994.

L’ambition de cette communication est de contribuer à la définition de nouvelles « lumières numériques » autour des usages savants de l’Internet. Après avoir rappelé quelques grands principes du mouvement de la science ouverte et la nécessité d’une ré-appropriation de leurs données par les utilisateurs, je dessine un projet épistémologico-politique visant la mise en transparence des opérations de construction de connaissance par la communauté des chercheurs en sciences humaines. Ce programme se décline en trois points, selon la tripartition des actes de langage chez Austin. A l’étage locutoire, je propose l’utilisation d’une langue à la sémantique calculable (IEML) comme métalangage documentaire. A l’étage illocutoire, je propose une formalisation des multiples rôles et règles de communication ainsi que des types de référence mis en œuvre par la communauté savante. La mise en transparence des deux premiers étages de la production de sens permettrait de retracer, avec l’engagement des chercheurs, les processus perlocutoires de construction d’autorité. Ce programme vise l’émergence d’une boucle d’intelligence collective réflexive dans la communauté savante, boucle dont l’exemplarité devrait permettre la percolation et la diffusion progressive dans d’autres communautés.

Extrait d’un long article publié par la revue Sens Public

Les revues savantes comme espace public : question d’éditorialisation avec Marcello Vitali-Rosati

Marcello Vitali-Rosati est professeur au département des littératures de langue française de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques. Il développe une réflexion philosophique sur les enjeux des technologies numériques: le concept de virtuel, l’identité numérique, les notions d’auteur et d’autorité, les formes de production, légitimation et circulation du savoir à l’époque du web, et la théorie de l’éditorialisation – dont il est l’un des contributeurs les plus actifs. Il est l’auteur de nombreux articles et monographies et exerce également une activité d’éditeur en tant que directeur de la revue Sens public.

Il est également co-directeur de la collection « Parcours Numériques » aux Presses de l’Université de Montréal. En tant que titulaire de la Chaire sur les écritures numériques, il dirige plusieurs projets en humanités numériques, particulièrement dans le domaine de l’édition savante. C’est dans ce cadre que sont notamment développés des plateformes d’édition de revues et de monographies enrichies, un logiciel d’édition d’articles scientifiques ainsi qu’une plateforme d’édition collaborative du Codex Palatinus 23.

Qu’est-ce qu’une revue savante? Quelle est sa mission? Et plus en général, à quoi servent les publications scientifiques? Ces questions pourraient sembler banales, mais il est nécessaire de se les poser à nouveau de façon naïve et sincère à une époque profondément marquée par l’émergence de nouveaux environnements d’échange et de nouveaux dispositifs de production de la connaissance.
En me basant sur la théorie de l’éditorialisation, je montrerai quel les publications scientifiques ont pour rôle de produire des espaces où peuvent se former des communautés capables de converser et d’échanger sur des sujets particuliers. Plus que réseaux de textes, elles doivent être réseaux d’intelligences et finalement des espaces publics.
Mais on ne peut pas penser cette fonction de production d’espace public sans la relier aux formats, au protocoles et aux environnements techniques concrets où les publications sont produites et circulent. Dans une deuxième partie de mon intervention, je prendrai donc en compte les différentes formes de communication savantes et la manière où leur granularité se reconfigure dans les environnements numériques. Je montrerai le rôle que jouent les formats et les protocoles et présenterai en particulier l’éditeur de texte sémantique Stylo, développé par mon équipe.