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L’innovation collaborative aux prises avec les dispositifs info-communicationnels

Coordonné par Clément Mabi (UTC) et Manuel Zacklad (CNAM).

Présentation

L’une des transformations majeures des organisations publiques et privées ces dernières années est relative à la place toujours plus importante prise par l’innovation collaborative et sa capacité à ‘faire produire autrement’ en renouvelant les processus de conception. C’est ainsi que l’on assiste à l’essor des méthodes de « design thinking », de « creative problem solving » et autres manières de concevoir des produits basés sur l’association d’acteurs extérieurs aux processus créatifs.

Le postulat de ces démarches est qu’en organisant des échanges ouverts avec des partenaires variés, fournisseurs, partenaires, utilisateurs finaux, etc. il sera possible de réaliser de gagner en pertinence grâce à la coopération. Évidemment, différents degrés d’ouverture cohabitent : certaines démarches favorisent le croisement des expertises, la rencontre avec des échantillons d’utilisateurs partageant leurs expériences quand d’autres ambitionnent de faire appel à la « sagesse des foules » dans des pratiques relevant du sondage ou de l’innovation ouverte.  Ainsi, la démarche de la « boîte à idées » qui permet de faire remonter des pistes d’améliorations n’est évidemment pas nouvelle et relève d’une tradition bien balisée dans les processus d’innovation.

Cependant, le développement des technologies numériques a suscité un regain d’intérêt pour ces approches créatives qui valorise l’expérience utilisateur et installe les produits et les services au cœur des processus innovants. La créativité est en effet une des caractéristiques de la « culture numérique » qui dépasse la simple question des outils et de l’équipement pour embarquer à travers l’usage des artefacts un certain nombre de valeurs (collaboration, participation, transparence, bricolage…), des imaginaires propres et des représentations qui renvoient généralement à des pratiques horizontales, résolument innovantes, agiles et co-construites en associant amateurs et professionnels dans des environnements structurés en réseaux (Jenkins, 2006 ; Cardon, 2019). L’introduction de technologies numériques devient un levier d’innovation et de transformation sociale pour contribuer à la diffusion de cette culture.

Au sein des organisations, les modalités d’action collective se trouvent renouvelées par la reconnaissance de la diversité des agencements collectifs et la définition de milieux d’activité propices à leur développement (Zacklad, 2016, 2018). Dans la transformation de ces milieux, le digital semble pouvoir relever de deux grandes catégories : d’un côté les technologies numériques comme levier de « mise en capacité d’agir » et de l’autre les technologies comme levier de « mise en incapacité d’agir » et d’une rationalisation limitante des organisations (Zacklad 2019). Dans certaines configurations les technologies numériques permettent d’élargir les possibles pour les acteurs en autorisant de nouvelles pratiques, alors qu’à d’autres conditions celles-ci ont pour effet de contraindre ces pratiques jusqu’à introduire de nouvelles formes de « gouvernementalité numérique ». Dans cette perspective, les technologies sont conçues comme une ressource pour l’action capable de dessiner des relations de pouvoir (Badouard et al, 2016).

Le dossier de la revue ATIC souhaite approfondir la compréhension de ces nouvelles configurations sociotechniques et mieux appréhender les contours de l’innovation collaborative en contexte numérique. Pour y parvenir, nous proposons aux contributeurs du dossier de se saisir des enjeux de définition et de théorisation et/ou de porter un regard critique et distancié sur les transformations à travers des enquêtes de terrain documentées. Nous faisons le pari que les sciences de l’information et de la communication sont idéalement placées pour rendre compte des bouleversements introduits par la transition numérique dans le rapport à l’innovation au sein des organisations. Les ressources théoriques et méthodologiques dont elles disposent leur permettent de traiter dans un même mouvement les enjeux liés à la matérialité des supports numériques dans leur capacité à organiser l’information et les enjeux communicationnels de circulation des messages dans lesquels se construisent nos représentations, sociales et politiques.

Entrer par les dispositifs info-communicationnels permet ainsi d’appréhender de manière concomitante les négociations de sens, les processus de construction des représentations et les artefacts variés qui contribuent à organiser la connaissance et à définir notre rapport au monde social. Appliqué à l’étude des relations entre innovations collaboratives et technologies numériques, il s’agit alors de définir les observables qui permettent de saisir comment les diverses conceptions de l’innovation collaborative au sein des organisations s’actualisent dans une infinité d’artefacts.

Nous proposons deux axes de réflexion. Le premier s’attachera à identifier et déconstruire les discours d’accompagnement autour du « tournant numérique » de l’innovation collaborative. Le second visera à mieux identifier les logiques artefactuelles dans lesquelles se construit l’innovation collaborative. Nous encourageons les contributions à s’inscrire dans un des deux axes ou à explorer les interstices à la croisée des deux.

Ainsi, le premier axe propose aux contributeurs du dossier d’ouvrir une réflexion sur la manière dont la « culture numérique » agit comme un levier de transformation de nos représentations et de la manière dont nous concevons l’innovation collaborative et construisons ses finalités. Les articles pourront, à titre d’exemple, interroger l’idéologie de l’ouverture et le déploiement d’un « impératif d’horizontalité » : qu’est censée produire l’innovation collaborative en contexte numérique ? Un utilisateur ressource ? La possibilité de faire émerger de nouveaux horizons tournés vers le collectif, notamment dans la perspective du développement de communs de la connaissance ? À quelles conditions l’ouverture peut-elle se déployer dans une perspective d’empowerment social et politique sans être absorbée par des logiques marchandes prédatrices d’exploitation des foules ? On voit se multiplier les propositions de collaboration, notamment par les acteurs de l’économie des plateformes mais on peut s’interroger sur la finalité de ces co-production innovantes : dans quelle mesure l’utilisateur gagne-t-il en capacité d’agir, et garde-t-il le contrôle sur son environnement ? Sur ce point, l’exemple de l’emprise de Waze sur la fabrique de la ville est éclairant (Couremont, 2018). La plateforme rend un service évident aux utilisateurs, service qui contribue en retour à de nouveaux modes de régulation du trafic routier sans que ces derniers –ou les pouvoirs publics- n’aient leur mot à dire.

Dans le second axe, nous proposons de mettre l’accent sur la diversité des artefacts dans lesquels s’actualisent nos pratiques et représentations de l’innovation collaborative. Nous proposons de porter une attention particulière aux agencements hétérogènes et multiples qui rendent possible l’innovation collaborative. Nous invitons les auteur.e.s à investir différents mondes sociaux afin de donner à voir l’épaisseur socio-technique et techno-sémiotique des processus. Ainsi, à titre d’exemple, les articles pourront s’intéresser à la manière dont l’innovation collaborative prend sens dans le contexte des politiques de « villes intelligentes » à des travers des dispositifs de « crowdsourcing urbain » (De Feraudy et Saugeot, 2016) qui permettent la remontée d’avis pour orienter la gouvernance de la ville. Le développement de l’innovation collaborative dans les organisations publiques pourra constituer un autre champ d’investigation. En effet, l’innovation publique fait de plus en plus appel à de nouveaux acteurs, notamment issus du design dans une logique faisant place au « design de relation » (Zackald 2017). Ces projets visent à promouvoir un service public « centré utilisateur » qui amène les administrations à multiplier les dispositifs de hackathons et à solliciter de plus en plus de tiers lieux et de living lab. Ces démarches font le pari d’une conception partagée et distribuée de l’intérêt général où de nouveaux écosystèmes se mobilisent pour contribuer au service public (Mabi, 2019). Les organisations privées connaissent une dynamique comparable, dont la convergence pourra être interrogée, et font de plus en plus appel à la co-conception avec les usagers ou à des formes d’intrapreunariats pour renouveler ses sources d’innovation.

Merci d’envoyer vos contribution avant le 30 aout 2019 (en déclarant votre intention dès maintenant) :

proposition@revue-atic

clement.mabi@utc.fr

manuel.zacklad@lecnam.net

En suivant les consignes de la revue ATIC 

Bibliographie

Traitement automatique des langues (TAL) et Humanités Numériques

Les humanités numériques (HN) recouvrent aujourd’hui un champ en rapide expansion; si leurs frontières sont à la fois difficiles à identifier et en constante évolution (Dacos and Mounier, 2015; Terras et al., 2013; Ganascia, 2015), leur impact sur les humanités, c’est-à-dire sur les disciplines qui étudient les cultures humaines et/ou les œuvres humaines, ne doit pas être sous-estimé. En effet, la facilité d’accès aux ressources numériques, et en particulier la numérisation des contenus et la façon dont les ordinateurs les traitent, transforme les humanités et ouvre la voie à l’émergence de nouvelles pratiques scientifiques. Étant donné que bon nombre de ces contenus, que ce soit en littérature, en philosophie, en archéologie ou en histoire, sont donnés sous forme textuelle, les techniques du traitement automatique du langage naturel (TAL) sont potentiellement d’un grand profit pour les humanités numériques.

Les HN et la recherche actuelle en TAL sont toutes deux issues d’une tradition commune, celle de « l’informatique littéraire et linguistique » (Literary and Linguistic Computing”) (Hockey, 2004). En effet, nombre de chercheurs font souvent remonter les origines des HN au projet Index Thomisticus de Roberto Busa qui visait, dès 1949, à créer automatiquement un index de la Somme théologique de Thomas d’Aquin avec des ordinateurs. Et, aujourd’hui, le domaine que l’on peut qualifier d’« humanités numériques textuelles » constitue encore un vaste sous-domaine des HN.

Cependant, alors que la recherche actuelle en TAL s’articule généralement autour de tâches bien identifiées et plus ou moins complexes (comme l’étiquetage syntaxique, la lemmatisation, la racinisation (stemming), la reconnaissance d’entités nommées, l’analyse syntaxique, l’extraction d’informations, les systèmes question-réponse, le résumé de texte, etc.), les HN utilisent des techniques et des méthodes de TAL comme outils, et les utilisent dans des scénarios de recherche complexes, allant de l’acquisition à l’annotation et l’analyse de textes, et pouvant aussi bien porter sur des collections de textes non structurées, que sur des éditions numériques hautement encodées. En conséquence, alors que les progrès en TAL sont supposés avoir des implications positives pour les recherches dans le secteur des humanités, les défis ultimes dans la perspective des HN ne visent pas uniquement à améliorer les performances des outils de TAL en eux-mêmes, mais leur utilisation en vue d’une recherche innovante qui pourrait vraiment faire avancer la connaissance disciplinaire dans les différents champs des humanités. Au-delà, la taille des corpus peut varier considérablement dans les HN, depuis de grandes bibliothèques de centaines de milliers d’ouvrages numérisées — avec malheureusement de trop fréquentes erreurs — à des petits ensembles de dizaines ou de centaines de livres.

À ces différences de finalité, s’ajoutent la très grande variété et complexité des textes traités. Bien que la recherche en TAL n’ignore pas la nécessité d’adapter ses outils et méthodes à des textes d’époques, de registres ou de genres différents, la diversité des types de textes communément traités par les HN constitue souvent, par sa nature, un défi supplémentaire pour les outils et algorithmes courants. En particulier, les documents historiques consignés dans des variantes linguistiques anciennes ou les textes littéraires peuvent poser des problèmes tant d’un point de vue linguistique que pour la complexité de leur contenu.

Malgré ou plutôt du fait des problèmes susmentionnés, les applications des HN peuvent se présenter elles-mêmes comme un banc d’essai idéal pour évaluer les dernières avancées dans le TAL.

Ce numéro spécial de la revue TAL sera consacré à la collecte de contributions originales à la croisée des chemins entre la HN et la TAL, avec un accent particulier sur les projets dans lesquels les outils de la TAL sont développés et/ou appliqués pour annoter, traiter et étudier le contenu textuel pour les différentes disciplines des humanités.

Les disciplines couvertes comprendront tous les champs des humanités, depuis la littérature et la philosophie, jusqu’à l’anthropologie et l’histoire. Tous les aspects et niveaux d’analyse du traitement de texte écrit peuvent être concernés, tels que :

– la création de corpus, la numérisation, la transcription

– l’enrichissement et l’annotation automatiques

– l’interrogation et l’exploration de corpus

– l’analyse automatique du texte

Les contributions peuvent concerner les domaines suivants (liste non exhaustive) :

– alignement de texte monolingue ou multilingue

– identification des similitudes de textes, attribution de la paternité d’une œuvre à un auteur, catégorisation de textes

– repérage de références à des œuvres, des individus ou des personnages de fiction

– extraction et annotation des thèmes et des sujets

– extraction de motifs linguistiques récurrents à des fins d’analyse linguistique et stylistique

– détection d’emprunts ou de réutilisations

– adaptation des outils du TAL aux textes et langues historiques

– extraction automatique des connaissances dans le but de créer des ontologies de domaines dans n’importe quel champ des humanités

– outils pour la génétique textuelle

– exploration de grands corpus textuels dans le but d’explorer l’intertextualité ou les variations linguistiques

– exploration de grands corpus textuels pour l’identification d’évolutions culturelles et/ou historiques

– …

Les articles théoriques et les articles de réflexion seront considérés, à condition qu’ils soient basés sur des recherches et des projets antérieurs des auteurs ou sur des expériences existantes et qu’ils montrent clairement leurs contributions au TAL et aux HN.

 

RÉFÉRENCES

Dacos, M. and Mounier, P. (2015). Humanités Numériques : État Des Lieux et Positionnement de La Recherche Française Dans Le Contexte International. Research Report Institut français https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01228945 (accessed 15 January 2019).

Ganascia J.-G., The Logic of the Big Data Turn in Digital Literary Studies, Frontiers in Digital Humanities, vol. 2, 2015, number 7, https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fdigh.2015.00007/full, ISSN 2297-2668

Hockey, S. (2004). The History of Humanities Computing. In Schreibman, S., Siemens, R. and Unsworth, J. (eds), A Companion to Digital Humanities. Oxford: Blackwell.

Terras, M., Vanhoutte, E. and Nyhan, J. (2013). Defining Digital Humanities: A Reader. London/New York: Routledge.

COORDINATION

Francesca Frontini – Université Paul-Valéry Montpellier 3

Jean-Gabriel Ganascia – Sorbonne Université

 

CALENDRIER

·       diffusion de l’appel à communication : fin janvier 2019

·       déclaration d’intention : 15 avril 2019

·       Date limite de soumission : 15 mai 2019

·       Notification aux auteurs, premières relectures : 15 juillet 2019

·       Notification aux auteurs, secondes relectures : 15 octobre 2019


·       Version finale : 30 novembre 2019

·       Publication : début 2020

 

LANGUE

Les articles sont écrits en français ou en anglais. Les soumissions en anglais ne sont acceptées qu’en cas de présence d’au moins un auteur non francophone

CONTACT

tal-60-3@sciencesconf.org

 

INSTRUCTIONS

Les chercheurs ayant l’intention de soumettre une contribution sont invités à faire une déclaration d’intention en envoyant un mail aux coordinateurs en indiquant le titre prévisionnel et un paragraphe de description.

La soumission de l’article final se fera à travers la plateforme <scienceconf.org>. Ceux qui ne disposent pas d’un compte, sont invités à s’inscrire sur le site <http://www.sciencesconf.org> (en haut à gauche, « créer un compte »), puis revenir sur la page <https://tal-60-3.sciencesconf.org>, se connecter et effectuer le dépôt en cliquant sur le menu « Soumission d’un article » (format PDF).

Chaque soumission sera relue par un membre du CR de la revue et deux membres du comité scientifique spécifique de ce numéro spécial.

Les articles doivent faire entre 20 et 25 pages. Les auteurs souhaitant obtenir une dérogation pour la longueur doivent contacter les coordinateurs. La revue TAL a un processus de relecture en double-aveugle. Merci d’anonymiser votre article et le nom du fichier. Les feuilles de style sont disponibles en ligne sur le site de la revue
(http://www.atala.org/content/instructions-aux-auteurs-feuilles-de-style-0)