Archives de catégorie Contribution

L’innovation collaborative aux prises avec les dispositifs info-communicationnels

Coordonné par Clément Mabi (UTC) et Manuel Zacklad (CNAM).

Présentation

L’une des transformations majeures des organisations publiques et privées ces dernières années est relative à la place toujours plus importante prise par l’innovation collaborative et sa capacité à ‘faire produire autrement’ en renouvelant les processus de conception. C’est ainsi que l’on assiste à l’essor des méthodes de « design thinking », de « creative problem solving » et autres manières de concevoir des produits basés sur l’association d’acteurs extérieurs aux processus créatifs.

Le postulat de ces démarches est qu’en organisant des échanges ouverts avec des partenaires variés, fournisseurs, partenaires, utilisateurs finaux, etc. il sera possible de réaliser de gagner en pertinence grâce à la coopération. Évidemment, différents degrés d’ouverture cohabitent : certaines démarches favorisent le croisement des expertises, la rencontre avec des échantillons d’utilisateurs partageant leurs expériences quand d’autres ambitionnent de faire appel à la « sagesse des foules » dans des pratiques relevant du sondage ou de l’innovation ouverte.  Ainsi, la démarche de la « boîte à idées » qui permet de faire remonter des pistes d’améliorations n’est évidemment pas nouvelle et relève d’une tradition bien balisée dans les processus d’innovation.

Cependant, le développement des technologies numériques a suscité un regain d’intérêt pour ces approches créatives qui valorise l’expérience utilisateur et installe les produits et les services au cœur des processus innovants. La créativité est en effet une des caractéristiques de la « culture numérique » qui dépasse la simple question des outils et de l’équipement pour embarquer à travers l’usage des artefacts un certain nombre de valeurs (collaboration, participation, transparence, bricolage…), des imaginaires propres et des représentations qui renvoient généralement à des pratiques horizontales, résolument innovantes, agiles et co-construites en associant amateurs et professionnels dans des environnements structurés en réseaux (Jenkins, 2006 ; Cardon, 2019). L’introduction de technologies numériques devient un levier d’innovation et de transformation sociale pour contribuer à la diffusion de cette culture.

Au sein des organisations, les modalités d’action collective se trouvent renouvelées par la reconnaissance de la diversité des agencements collectifs et la définition de milieux d’activité propices à leur développement (Zacklad, 2016, 2018). Dans la transformation de ces milieux, le digital semble pouvoir relever de deux grandes catégories : d’un côté les technologies numériques comme levier de « mise en capacité d’agir » et de l’autre les technologies comme levier de « mise en incapacité d’agir » et d’une rationalisation limitante des organisations (Zacklad 2019). Dans certaines configurations les technologies numériques permettent d’élargir les possibles pour les acteurs en autorisant de nouvelles pratiques, alors qu’à d’autres conditions celles-ci ont pour effet de contraindre ces pratiques jusqu’à introduire de nouvelles formes de « gouvernementalité numérique ». Dans cette perspective, les technologies sont conçues comme une ressource pour l’action capable de dessiner des relations de pouvoir (Badouard et al, 2016).

Le dossier de la revue ATIC souhaite approfondir la compréhension de ces nouvelles configurations sociotechniques et mieux appréhender les contours de l’innovation collaborative en contexte numérique. Pour y parvenir, nous proposons aux contributeurs du dossier de se saisir des enjeux de définition et de théorisation et/ou de porter un regard critique et distancié sur les transformations à travers des enquêtes de terrain documentées. Nous faisons le pari que les sciences de l’information et de la communication sont idéalement placées pour rendre compte des bouleversements introduits par la transition numérique dans le rapport à l’innovation au sein des organisations. Les ressources théoriques et méthodologiques dont elles disposent leur permettent de traiter dans un même mouvement les enjeux liés à la matérialité des supports numériques dans leur capacité à organiser l’information et les enjeux communicationnels de circulation des messages dans lesquels se construisent nos représentations, sociales et politiques.

Entrer par les dispositifs info-communicationnels permet ainsi d’appréhender de manière concomitante les négociations de sens, les processus de construction des représentations et les artefacts variés qui contribuent à organiser la connaissance et à définir notre rapport au monde social. Appliqué à l’étude des relations entre innovations collaboratives et technologies numériques, il s’agit alors de définir les observables qui permettent de saisir comment les diverses conceptions de l’innovation collaborative au sein des organisations s’actualisent dans une infinité d’artefacts.

Nous proposons deux axes de réflexion. Le premier s’attachera à identifier et déconstruire les discours d’accompagnement autour du « tournant numérique » de l’innovation collaborative. Le second visera à mieux identifier les logiques artefactuelles dans lesquelles se construit l’innovation collaborative. Nous encourageons les contributions à s’inscrire dans un des deux axes ou à explorer les interstices à la croisée des deux.

Ainsi, le premier axe propose aux contributeurs du dossier d’ouvrir une réflexion sur la manière dont la « culture numérique » agit comme un levier de transformation de nos représentations et de la manière dont nous concevons l’innovation collaborative et construisons ses finalités. Les articles pourront, à titre d’exemple, interroger l’idéologie de l’ouverture et le déploiement d’un « impératif d’horizontalité » : qu’est censée produire l’innovation collaborative en contexte numérique ? Un utilisateur ressource ? La possibilité de faire émerger de nouveaux horizons tournés vers le collectif, notamment dans la perspective du développement de communs de la connaissance ? À quelles conditions l’ouverture peut-elle se déployer dans une perspective d’empowerment social et politique sans être absorbée par des logiques marchandes prédatrices d’exploitation des foules ? On voit se multiplier les propositions de collaboration, notamment par les acteurs de l’économie des plateformes mais on peut s’interroger sur la finalité de ces co-production innovantes : dans quelle mesure l’utilisateur gagne-t-il en capacité d’agir, et garde-t-il le contrôle sur son environnement ? Sur ce point, l’exemple de l’emprise de Waze sur la fabrique de la ville est éclairant (Couremont, 2018). La plateforme rend un service évident aux utilisateurs, service qui contribue en retour à de nouveaux modes de régulation du trafic routier sans que ces derniers –ou les pouvoirs publics- n’aient leur mot à dire.

Dans le second axe, nous proposons de mettre l’accent sur la diversité des artefacts dans lesquels s’actualisent nos pratiques et représentations de l’innovation collaborative. Nous proposons de porter une attention particulière aux agencements hétérogènes et multiples qui rendent possible l’innovation collaborative. Nous invitons les auteur.e.s à investir différents mondes sociaux afin de donner à voir l’épaisseur socio-technique et techno-sémiotique des processus. Ainsi, à titre d’exemple, les articles pourront s’intéresser à la manière dont l’innovation collaborative prend sens dans le contexte des politiques de « villes intelligentes » à des travers des dispositifs de « crowdsourcing urbain » (De Feraudy et Saugeot, 2016) qui permettent la remontée d’avis pour orienter la gouvernance de la ville. Le développement de l’innovation collaborative dans les organisations publiques pourra constituer un autre champ d’investigation. En effet, l’innovation publique fait de plus en plus appel à de nouveaux acteurs, notamment issus du design dans une logique faisant place au « design de relation » (Zackald 2017). Ces projets visent à promouvoir un service public « centré utilisateur » qui amène les administrations à multiplier les dispositifs de hackathons et à solliciter de plus en plus de tiers lieux et de living lab. Ces démarches font le pari d’une conception partagée et distribuée de l’intérêt général où de nouveaux écosystèmes se mobilisent pour contribuer au service public (Mabi, 2019). Les organisations privées connaissent une dynamique comparable, dont la convergence pourra être interrogée, et font de plus en plus appel à la co-conception avec les usagers ou à des formes d’intrapreunariats pour renouveler ses sources d’innovation.

Merci d’envoyer vos contribution avant le 30 aout 2019 (en déclarant votre intention dès maintenant) :

proposition@revue-atic

clement.mabi@utc.fr

manuel.zacklad@lecnam.net

En suivant les consignes de la revue ATIC 

Bibliographie

Traitement automatique des langues (TAL) et Humanités Numériques

Les humanités numériques (HN) recouvrent aujourd’hui un champ en rapide expansion; si leurs frontières sont à la fois difficiles à identifier et en constante évolution (Dacos and Mounier, 2015; Terras et al., 2013; Ganascia, 2015), leur impact sur les humanités, c’est-à-dire sur les disciplines qui étudient les cultures humaines et/ou les œuvres humaines, ne doit pas être sous-estimé. En effet, la facilité d’accès aux ressources numériques, et en particulier la numérisation des contenus et la façon dont les ordinateurs les traitent, transforme les humanités et ouvre la voie à l’émergence de nouvelles pratiques scientifiques. Étant donné que bon nombre de ces contenus, que ce soit en littérature, en philosophie, en archéologie ou en histoire, sont donnés sous forme textuelle, les techniques du traitement automatique du langage naturel (TAL) sont potentiellement d’un grand profit pour les humanités numériques.

Les HN et la recherche actuelle en TAL sont toutes deux issues d’une tradition commune, celle de « l’informatique littéraire et linguistique » (Literary and Linguistic Computing”) (Hockey, 2004). En effet, nombre de chercheurs font souvent remonter les origines des HN au projet Index Thomisticus de Roberto Busa qui visait, dès 1949, à créer automatiquement un index de la Somme théologique de Thomas d’Aquin avec des ordinateurs. Et, aujourd’hui, le domaine que l’on peut qualifier d’« humanités numériques textuelles » constitue encore un vaste sous-domaine des HN.

Cependant, alors que la recherche actuelle en TAL s’articule généralement autour de tâches bien identifiées et plus ou moins complexes (comme l’étiquetage syntaxique, la lemmatisation, la racinisation (stemming), la reconnaissance d’entités nommées, l’analyse syntaxique, l’extraction d’informations, les systèmes question-réponse, le résumé de texte, etc.), les HN utilisent des techniques et des méthodes de TAL comme outils, et les utilisent dans des scénarios de recherche complexes, allant de l’acquisition à l’annotation et l’analyse de textes, et pouvant aussi bien porter sur des collections de textes non structurées, que sur des éditions numériques hautement encodées. En conséquence, alors que les progrès en TAL sont supposés avoir des implications positives pour les recherches dans le secteur des humanités, les défis ultimes dans la perspective des HN ne visent pas uniquement à améliorer les performances des outils de TAL en eux-mêmes, mais leur utilisation en vue d’une recherche innovante qui pourrait vraiment faire avancer la connaissance disciplinaire dans les différents champs des humanités. Au-delà, la taille des corpus peut varier considérablement dans les HN, depuis de grandes bibliothèques de centaines de milliers d’ouvrages numérisées — avec malheureusement de trop fréquentes erreurs — à des petits ensembles de dizaines ou de centaines de livres.

À ces différences de finalité, s’ajoutent la très grande variété et complexité des textes traités. Bien que la recherche en TAL n’ignore pas la nécessité d’adapter ses outils et méthodes à des textes d’époques, de registres ou de genres différents, la diversité des types de textes communément traités par les HN constitue souvent, par sa nature, un défi supplémentaire pour les outils et algorithmes courants. En particulier, les documents historiques consignés dans des variantes linguistiques anciennes ou les textes littéraires peuvent poser des problèmes tant d’un point de vue linguistique que pour la complexité de leur contenu.

Malgré ou plutôt du fait des problèmes susmentionnés, les applications des HN peuvent se présenter elles-mêmes comme un banc d’essai idéal pour évaluer les dernières avancées dans le TAL.

Ce numéro spécial de la revue TAL sera consacré à la collecte de contributions originales à la croisée des chemins entre la HN et la TAL, avec un accent particulier sur les projets dans lesquels les outils de la TAL sont développés et/ou appliqués pour annoter, traiter et étudier le contenu textuel pour les différentes disciplines des humanités.

Les disciplines couvertes comprendront tous les champs des humanités, depuis la littérature et la philosophie, jusqu’à l’anthropologie et l’histoire. Tous les aspects et niveaux d’analyse du traitement de texte écrit peuvent être concernés, tels que :

– la création de corpus, la numérisation, la transcription

– l’enrichissement et l’annotation automatiques

– l’interrogation et l’exploration de corpus

– l’analyse automatique du texte

Les contributions peuvent concerner les domaines suivants (liste non exhaustive) :

– alignement de texte monolingue ou multilingue

– identification des similitudes de textes, attribution de la paternité d’une œuvre à un auteur, catégorisation de textes

– repérage de références à des œuvres, des individus ou des personnages de fiction

– extraction et annotation des thèmes et des sujets

– extraction de motifs linguistiques récurrents à des fins d’analyse linguistique et stylistique

– détection d’emprunts ou de réutilisations

– adaptation des outils du TAL aux textes et langues historiques

– extraction automatique des connaissances dans le but de créer des ontologies de domaines dans n’importe quel champ des humanités

– outils pour la génétique textuelle

– exploration de grands corpus textuels dans le but d’explorer l’intertextualité ou les variations linguistiques

– exploration de grands corpus textuels pour l’identification d’évolutions culturelles et/ou historiques

– …

Les articles théoriques et les articles de réflexion seront considérés, à condition qu’ils soient basés sur des recherches et des projets antérieurs des auteurs ou sur des expériences existantes et qu’ils montrent clairement leurs contributions au TAL et aux HN.

 

RÉFÉRENCES

Dacos, M. and Mounier, P. (2015). Humanités Numériques : État Des Lieux et Positionnement de La Recherche Française Dans Le Contexte International. Research Report Institut français https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01228945 (accessed 15 January 2019).

Ganascia J.-G., The Logic of the Big Data Turn in Digital Literary Studies, Frontiers in Digital Humanities, vol. 2, 2015, number 7, https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fdigh.2015.00007/full, ISSN 2297-2668

Hockey, S. (2004). The History of Humanities Computing. In Schreibman, S., Siemens, R. and Unsworth, J. (eds), A Companion to Digital Humanities. Oxford: Blackwell.

Terras, M., Vanhoutte, E. and Nyhan, J. (2013). Defining Digital Humanities: A Reader. London/New York: Routledge.

COORDINATION

Francesca Frontini – Université Paul-Valéry Montpellier 3

Jean-Gabriel Ganascia – Sorbonne Université

 

CALENDRIER

·       diffusion de l’appel à communication : fin janvier 2019

·       déclaration d’intention : 15 avril 2019

·       Date limite de soumission : 15 mai 2019

·       Notification aux auteurs, premières relectures : 15 juillet 2019

·       Notification aux auteurs, secondes relectures : 15 octobre 2019


·       Version finale : 30 novembre 2019

·       Publication : début 2020

 

LANGUE

Les articles sont écrits en français ou en anglais. Les soumissions en anglais ne sont acceptées qu’en cas de présence d’au moins un auteur non francophone

CONTACT

tal-60-3@sciencesconf.org

 

INSTRUCTIONS

Les chercheurs ayant l’intention de soumettre une contribution sont invités à faire une déclaration d’intention en envoyant un mail aux coordinateurs en indiquant le titre prévisionnel et un paragraphe de description.

La soumission de l’article final se fera à travers la plateforme <scienceconf.org>. Ceux qui ne disposent pas d’un compte, sont invités à s’inscrire sur le site <http://www.sciencesconf.org> (en haut à gauche, « créer un compte »), puis revenir sur la page <https://tal-60-3.sciencesconf.org>, se connecter et effectuer le dépôt en cliquant sur le menu « Soumission d’un article » (format PDF).

Chaque soumission sera relue par un membre du CR de la revue et deux membres du comité scientifique spécifique de ce numéro spécial.

Les articles doivent faire entre 20 et 25 pages. Les auteurs souhaitant obtenir une dérogation pour la longueur doivent contacter les coordinateurs. La revue TAL a un processus de relecture en double-aveugle. Merci d’anonymiser votre article et le nom du fichier. Les feuilles de style sont disponibles en ligne sur le site de la revue
(http://www.atala.org/content/instructions-aux-auteurs-feuilles-de-style-0)

Entre distance et présence: la formation à l’heure de l’hybridation

Ce numéro thématique coordonné par Philippe Dumas, Daniel Burgos et Emilie Rémond

François Orivel, dans un article de Distances et Savoirs de 2006 analysant les travaux de Greville Rumble sur l’économie de la Formation à Distance, rapporte en ces termes la prévision pessimiste de l’économiste sur l’avenir des établissements à distance : « depuis un certain nombre d’années, on ne crée plus de nouvelles universités purement dédiées à l’enseignement à distance, alors qu’un grand nombre d’universités classiques se sont dotées de départements qui proposent des formations à distance, notamment depuis l’apparition des TIC » (2006 : 124). Le développement du e-learning accentuerait ainsi une nouvelle concurrence, préjudiciable aux établissements historiquement dédiés à la distance. En effet, depuis le début des années 2000, des dispositifs articulant des phases de formation en présentiel et des phases de formation à distance soutenues par un environnement technologique se développent au sein des établissements d’enseignement supérieur. Ces dispositifs, qualifiés d’« hybrides », présentent comme « caractéristiques majeures […] l’articulation présence-distance et l’intégration des technologies pour soutenir le processus d’enseignement apprentissage », (Charlier et al, 2006 : 474). A travers ce concept se dessine un mouvement de convergence entre formations à distance et présentielles observé par de nombreux auteurs (Paquette, 2002 ; Peraya et Deschryver, 2002-2005).

Plus d’une décennie après, le pronostic semble se confirmer : perte massive d’étudiants à l’Université Ouverte de Grande-Bretagne (Pulker, 2016 ; Remond, 2017) ou incitations politiques à de nouvelles pratiques pédagogiques distancielles entrainant une hybridation progressive des universités traditionnellement en présentiel. L’effacement des frontières entre établissements se traduirait par une forme de circulation inédite des connaissances dans la société telle que la production de modules indépendants, le foisonnement de ressources éducatives, académiques ou non, ou les Cours en Ligne Ouverts et Massifs (MOOC en Anglais) qui ne sont plus le monopole des institutions universitaires. Selon Vinokur (2013), ces derniers ne répondent pas uniquement à des objectifs pédagogiques, mais aussi à des préoccupations politiques et économiques. En effet, l‘essor des nouvelles technologies facilite indéniablement la production et la diffusion de ressources en ligne. Cependant, il traduit également une évolution des institutions contraintes par une conjoncture politique et économique. Les facteurs conduisant à cette situation sont multiples. Ils relèvent d’une forte concurrence nationale et internationale, des politiques et des données économiques nationales. À travers le numérique, les stratégies se centralisent et s’internationalisent. C’est ainsi qu’est interrogé le rôle des TICE dans la globalisation (en tant qu’outil de libéralisation des produits éducatifs), dans la mondialisation (entendue comme « échanges internationaux de toute nature culturelle, démographique, sociale et politique », Tremblay, 2009), ou – pour adopter une approche humaniste d’échanges des savoirs- dans la mondialité (Dumas, 2006 ; Zarifian, 2004). A l’ère des sociétés de l’information et de la communication, les réflexions menées sur ces aspects seront ainsi envisagées au prisme d’une distance renouvelée et réinventée.

Les contributions à ce numéro de Distances et Médiations des Savoirs permettront de répertorier, de classifier et d’analyser les raisons politiques, sociales ou pédagogiques de l’évolution des établissements supérieurs vers la convergence entre distance et présence. Les propositions s’organiseront donc autour de plusieurs axes de réflexion qui interrogeront les nouvelles formes de concurrence des établissements bimodaux, la réorientation des politiques, les évolutions sociologiques et professionnelles des publics, ou encore le développement des MOOC en contexte de globalisation.

Conditions de soumission :

Les articles devront se plier aux exigences scientifiques : formulation des hypothèses ou objectifs de recherche, méthodologie ou méthodes mises en œuvre, références aux travaux comparables, mention des contextes (dont publics, institutions, dispositifs, technologies, etc.), résultats obtenus et mis en perspective. Les articles doivent être lisibles par les spécialistes, chercheurs et experts appartenant aux différentes disciplines visées par Distances et médiations des savoirs.

Les propositions d’articles doivent respecter le format et la ligne éditoriale demandés par la revue Distances et Médiations des Savoirs : http://dms.revues.org/75 ; soit des articles de recherche, généralement de 20 à 25 pages, 30 000 à 50 000 signes (notes et espaces compris) répondant aux exigences académiques. Ces articles seront évalués en double aveugle par les membres du comité scientifique et ne seront publiés qu’après acceptation et révisions éventuelles.

DMS-DMK se veut une revue ancrée dans la francophonie, mais elle est également attentive aux contextes nationaux et aux travaux menés dans d’autres régions. Le phénomène d’hybridation des structures d’enseignement supérieur étant global, les études de cas permettant de dépasser les territoires francophones semblent alors particulièrement pertinentes. Ce numéro thématique offrira également la possibilité de publication en anglais et en espagnol (les textes en espagnol devront être traduits en français).

Le calendrier est le suivant : 
  • 15 avril 2019 : réception des propositions sous la forme d’un résumé d’une à deux pages
  • 15 mai 2019 : notification aux auteurs sur la base des résumés
  • 26 juin 2019 : réception des articles
  • Septembre 2019 : notifications aux auteurs
  • 1er semestre 2020 : publication du n° thématique

Dispositifs numériques et organisations. Entre permanences, tensions et changements

Sous la direction de Nathalie Pinède
Date limite de soumission : 20 juin 2019

Les mutations des organisations se poursuivent aujourd’hui, dans un environnement de « mise en numérique » généralisé et d’innovations technologiques, concernant tout autant les modalités de production, les activités, ou encore la géométrie des collaborations, ce qu’illustre par exemple le concept d’ « entreprise du futur » (Besson, 2015). Dire que les dispositifs numériques sont désormais omniprésents dans les organisations s’avère dès lors un quasi pléonasme, bien que la réalité qu’ils recouvrent soit extrêmement diversifiée. Ils peuvent être dédiés à la gestion ou à l’analyse de données (intranets, ERP, datamining…), aux échanges info-communicationnels (réseaux sociaux, messagerie électronique…) ou encore à la mise en oeuvre de l’activité elle-même (services en ligne, robotique, réalité virtuelle, etc.). Si des formes d’invisibilité et de banalisation (Andonova, 2015) sont associables à la présence de certains dispositifs numériques, tels les dispositifs numériques info-communicationnels, ceux-ci s’inscrivent quoiqu’il en soit dans des trajectoires organisationnelles, soit un « long processus de négociations et d’ajustements » (Jemine, 2017, p. 58) entre stratégies, acteurs, usages et techniques, processus non exempt d’imaginaires ou d’idéaux/idéologies (connectivité, ubiquité, autonomie, etc.). Dans ce cadre, les limites de l’organisation deviennent également plus poreuses, le rapport « interne »/ « externe » (à l’organisation) se fait plus ambigu et la place de l’homme, plus diffuse, entre inscription et flux.

Ainsi, ce positionnement de l’homme vis-à-vis des dispositifs numériques, en lien avec les organisations, peut-il s’analyser à différentes échelles et sur différents plans d’intervention. A l’échelle individuelle, on peut l’appréhender à travers les rapports concrets aux technologies, pouvant se traduire par une réorganisation du poste de travail, de nouvelles interactions ou collaborations homme-machine, etc. A l’échelle organisationnelle, il s’agit d’envisager la place de l’homme en tant que membre d’un collectif à repenser autour de et avec la présence croissante de dispositifs numériques diversifiés. Enfin, à l’échelle sociétale, des macro-éléments de contexte (cadre institutionnel, contraintes et opportunités environnementales…), impliquant l’homme dans ses attentes, désirs et craintes face au numérique, sont susceptibles de modifier le cadre d’action de l’organisation, et vice-versa. Bien entendu, ces différents niveaux sont en interrelations et s’imbriquent de façon systémique.

Dans le cadre de cet appel, nous focaliserons sur l’un de ces niveaux, en l’occurrence les enjeux collectifs soulevés par la présence de dispositifs numériques pluriels dans les organisations, entre permanences et ruptures, opportunités et risques. Plusieurs questionnements peuvent être abordés à cette échelle :
– Comment se redéfinit le rapport au travail dans les environnements organisationnels en prise avec le numérique (Bidet et al., 2017) ? Comment, à cette aune, se redessinent métiers et compétences, par exemple entre compétences techniques et communicationnelles (Bouillon, 2015) ? En quoi le digital labor (Cardon et Casili, 2015), en révélant tout particulièrement la porosité des frontières organisationnelles, modifie-t-il la vision classique de la répartition des tâches et compétences ?
– Comment se restructurent les collectifs de travail (Zacklad, 2015, 2019), dans et hors « les murs » de l’organisation, entre participatif supporté par des dispositifs numériques et responsabilité individuelle accrue ?
– Comment se remodèle la prise de décision, notamment du fait des nouveaux modes de management par les données et les traces (Rouvroy et Berns, 2013 ; Vayre, 2018) ?
– Comment sont prises en charge (ou pas) les questions éthiques posées par les dispositifs numériques, que cela concerne les données (Balicco et al., 2018) ou les risques sociaux en matière d’inclusion/exclusion ?
– Dans le cadre de ces stratégies numériques, quels types de dynamiques en matière de management ou d’accompagnement au changement, se mettent en place dans l’organisation, notamment en lien avec les transformations et transitions technologiques ?
– Comment émergent des formes d’alignement (ou de dés-alignement) entre stratégies, dispositifs numériques et usages (Pinède, 2017) ?
Ces questionnements ne sont évidemment pas exhaustifs et peuvent être complétés par d’autres
perspectives de recherche.

REFERENCES CITEES
Andonova, Y. (2015). De l’invisibilité des dispositifs numériques à la légitimation de la communication en entreprise. Sociologies pratiques, 1(30), p. 43-52.

Balicco, L., Broudoux, E., Chartron, G., Clavier, V. et Pailliart, I. (2018). L’éthique en contexte infocommunicationnel
numérique. Déontologie, régulation, algorithme, espace public. Louvain-La-Neuve, De Boeck Supérieur.

Besson, M. (dir.) (2015). Entreprise du futur. Les enjeux de la transformation numérique. Livre Blanc. Institut Mines-Télécom. Disponible sur : https://www.marsouin.org/IMG/pdf/imt_livreblanc.pdf

Bidet, A., Datchary, C., Gaglio, G. (2017). Quand travailler, c’est s’organiser. La multi-activité à l’ère numérique. Paris, Presses des Mines.

Bouillon, J-L. (2015). Technologies numériques d’information et de communication et rationalisations organisationnelles : les « compétences numériques » face à la modélisation. Les Enjeux de l’information et de la communication, 16(1), p. 89-103.

Cardon, D. et Casili, A. (2015). Qu’est-ce que le Digital Labor ? Bry-sur-Marne, INA Editions.

Jemine, G. (2017). Déploiement de dispositifs numériques au sein de nouvelles formes d’organisation : de l’émergence à la stabilisation. Sociologies pratiques, 1(34), p. 49-59.

Pinède, N. (2017). Analyse stratégique des sites web. Approche par l’alignement. Dans S. Rouquette (dir.). Site internet : audit et stratégie (p. 51-76). Louvain-la Neuve : De Boeck.

Rouvroy, A., Berns, T. (2013). Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation. Le disparate comme condition d’individuation par la relation ? Réseaux, 177, p. 163-196.

Vayre, J. (2018). Comment décrire les technologies d’apprentissage artificiel : le cas des machines à prédire. Réseaux, 211(5), p. 69-104.

Zacklad, M. (2015). Régimes de coopération dans les comportements collectifs médiatisés. Dans S. Alemanno (dir). Communication organisationnelle, management et numérique (p. 153-158). Paris, L’Harmattan.

Zacklad, M. (2019). Le design de l’information : textualisation, documentarisation, auctorialisation. Communication et Langage, 199, p. 37-62.

COMITE DE LECTURE DU NUMERO
ALCANTARA Christophe – Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, université Toulouse 1 Capitole, laboratoire IDETCOM.
ANDONOVA Yanita – Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, université Paris 13, laboratoire LABSic.
CARMES Maryse – Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, CNAM, laboratoire DICEN-IDF.
DUMAS Aurélia – Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, université Clermont Auvergne, laboratoire Communication et Sociétés.
GALIBERT Olivier – Professeur en sciences de l’information et de la communication, université de Bourgogne Franche Comté, laboratoire CIMEOS.
HERMAND Marie-Hélène – Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, université Bordeaux Montaigne, laboratoire MICA.
SIDIR Mohamed – Professeur en sciences de l’information et de la communication, IUT d’Amiens, laboratoire CURAPP.
ZACKLAD Manuel – Professeur en sciences de l’information et de la communication, CNAM, laboratoire DICEN-IDF.

CALENDRIER
• 20 juin 2019 Soumission des articles
• 2 septembre 2019 Réponse aux auteurs
• 15 octobre 2019 Version finale des articles retenus
• Décembre 2019 Parution du numéro

RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les articles, rédigés en français, font 20 à 25 pages.
Ils doivent respecter la feuille de style de la revue Les Cahiers du Numérique, disponible à l’adresse https://lcn.revuesonline.com/appel.jsp
Les soumissions sont à envoyer au format pdf et doc à nathalie.pinede@u-bordeaux-montaigne.fr

CONTACT
Nathalie Pinède – Maitre de conférences HDR en sciences de l’information et de la communication Université Bordeaux Montaigne – Laboratoire MICA (EA 4426)

Les images au cœur des rapports sociaux. Vers de nouveaux régimes de représentation et de visibilité ?

Dossier coordonné par :
Ulrike Lune Riboni
(CEMTI, Université Paris 8)
Raphaële Bertho
(InTRu, Université de Tours)
 

L’industrie médiatique, presse et audiovisuelle, parait omnipotente dans la sélection et la diffusion des images qui vont faire l’information ou « faire l’histoire ». Comme l’ont démontré plusieurs travaux, les médias traditionnels sont en effet les principaux acteurs de la production des icônes visuelles (Hariman et Lucaites 2007, Lavoie 2010), par la répétition et la « circulation circulaire » (Bourdieu, 1996) en particulier. L’avènement des réseaux sociaux numériques au xxie siècle semble cependant mettre à mal cette hégémonie (Gunthert 2015) et les régimes de visibilité et de représentation à l’œuvre. Si le système médiatique continue d’être une instance de validation et de construction des représentations, il doit également prendre en compte les tendances qui, en particulier en ligne, désignent d’autres images, d’autres actualités et d’autres histoires. Les concepts de représentation (Hall, 1997) et de visibilité (Thompson, 2005, Voirol 2005a, Le Blanc, 2009) sont ainsi au cœur des rapports sociaux en ce qu’ils définissent les possibilités et modalités d’existence publique d’acteurs.trices individuel.le.s ou collectifs.ves exclu.e.s de la sphère publique légitime (voir par exemple Dalibert et Doytcheva, 2014). Ces concepts désignent « les processus par lesquels des groupes sociaux (…) bénéficient ou non d’une attention publique » (Voirol 2005a) mais aussi les formes de cette « attention » et la construction du sens ainsi établi. Si ces concepts engagent bien plus que les espaces du visible, la prolifération des images ou plutôt des pratiques de l’image et les querelles interprétatives qui les entourent suggèrent que le champ visuel constitue plus que jamais un champ de bataille.

Les réseaux sociaux numériques (RSN) sont à la fois des espaces d’injonction à la visibilité et des espaces où se construisent des revendications de visibilité. Pour certain.e.s auteur.e.s en effet, un « renversement de valeurs » a eu lieu dans les sociétés occidentales, il faudrait désormais se livrer à une « exhibition de l’intime pour exister » (Aubert et Haroche, 2011) et les RSN contribueraient particulièrement à encourager cette exhibition. Mais « exister » constitue parfois une exigence politique qui engage la reconnaissance (Honneth 2013) de l’individu ou du groupe comme membre légitime de l’espace social. Il s’agit alors d’une véritable lutte pour la visibilité (Voirol 2005b) et la reconnaissance d’identités, de récits ou de pratiques soumis à un régime d’invisibilisation politique et sociale, dans laquelle l’image joue un rôle important. Ainsi, des femmes s’exposent en images, pour dire la fierté de leur corps non-conforme et/ou pour rendre visible ce que le monde social contraint à l’invisibilité : seins (#freethenipples), sang des règles (photographie de Rupi Kaur, #bloodnormal), poils (#hairylegclub, #bodyhairpositivity, etc.). Certaines se montrent nues, certaines se montrent sans maquillage, certaines dévoilées, certaines au contraire avec leur voile faisant de ces gestes des expressions politiques dont le sens varie chaque fois selon les contextes (Fraisse 2014). Ailleurs, des personnes trans et/ou non-binaires mettent en image leur transition ou leur apparence pour dire une identité ou revendiquer simplement un droit d’existence. Ailleurs encore, des images de « violences » émeutières et des images de violences policières se font face, s’opposent et désignent les limites d’une lutte de sens autant que de reconnaissance (Meyer et Tanner 2017). Au-delà de ces pratiques militantes ou revendicatives, une myriade d’autres manières de montrer et de se montrer font exister des individus, des groupes, des histoires ou des récits exclus des représentations.

Les rapports sociaux étant définis pour partie par les régimes de visibilité dans lesquels les différents acteurs.trices se trouvent saisi.e.s, il s’avérera ainsi nécessaire de délimiter les espaces d’apparition et de circulation des productions visuelles. On encouragera les travaux portant sur les stratégies de dissémination des représentations « alternatives » sur les réseaux sociaux numériques, sur les espaces collectifs qu’elles construisent effectivement, et sur les échecs potentiels de ces stratégies (Cardon et Granjon 2010). On cherchera à prendre en compte les régimes de représentation et les régimes de visibilité, considérant en effet que représenter ne suffit pas à visibiliser, et visibiliser ne suffit pas à obtenir la reconnaissance (Voirol, 2005b). Par ailleurs, les réseaux sociaux numériques ne sont pas dénués de frontières, de podiums autant que d’ombres.

Il s’agira ainsi d’interroger tant les représentations visuelles hégémoniques que les productions visuelles des acteurs.trices marginalisé.e.s, minoritaires ou minorisé.e.s, ces catégories pouvant sans doute faire elles-mêmes l’objet de discussions. On privilégiera les approches dialectiques sur les liens qu’entretiennent ces espaces et formes de représentations, hégémoniques et contestataires, afin de saisir comment s’articulent discours et contre-discours, circulations légitimes et contre-flux, visualité et contre-visualité (Mirzoeff, 2011). Il s’agira de même d’éviter toute conception dichotomique, confrontant une normativité présumée des espaces télévisuels et cinématographiques à une supposée neutralité des représentations circulant originellement sur les réseaux sociaux. On considérera les interactions et phénomènes d’influences réciproques des différentes sphères de production et de diffusion à travers une attention accrue portée sur les usages comme sur les phénomènes de réception. Les réseaux sociaux numériques mêlent en effet aujourd’hui des productions médiatiques autant que des productions hors du champ professionnel, dites amateurs, articulant la diffusion de contenus originaux avec les phénomènes d’appropriation. Il s’agira ainsi de proposer des analyses de corpus, d’images, de discours sur les images ou d’usages des images, et de prendre en compte les pratiques et les circulations tout autant que les images elles-mêmes.

Plusieurs axes pourront ainsi être explorés.

Axe 1 Querelles interprétatives et conflits de sens

Car l’image n’est rien sans son texte et son contexte, les enjeux du renouvellement des régimes de représentation et de visibilité contemporains passent par des querelles d’interprétation. On pourra interroger ici le développement des pratiques interprétatives, sous forme de mise en relations d’images par exemple (montages photo, mashup et mèmes), où les usages conversationnels s’articulent avec des usages plus politiquement marqués dans le cadre de situations électorales ou contestataires, opérant un déplacement ponctuel des pratiques au sein de dispositifs identiques. Par ailleurs, le concept même d’interprétation et de construction de sens est au centre des enjeux. Ainsi, le sens donné aux images fait lui-même l’objet d’une lutte où l’enjeu est d’être reconnu.e comme le.la détenteur.trice légitime du sens. On pourra observer ici les situations de mise en cause de l’autorité du professionnel (de la politique, de l’information, de l’Histoire, de l’analyse d’image) dans l’interprétation des images par les regards qui se revendiquent comme situés.

Axe 2 Représentation, visibilité et reconnaissance

L’image accompagne aujourd’hui les revendications de reconnaissance d’acteurs.trices marginalisé.e.s, minoritaires ou minorisé.e.s. Elle apparaît comme un opérateur de la mise en débat des revendications, de la construction partagée du sens et dans certains cas comme la condition sine qua non de l’accession à une visibilité dans la sphère publique. On observera ici avec attention les stratégies de mise en image et de mise en circulation de ces images destinées à produire de nouveaux régimes de représentation ainsi que les phénomènes de réception de ces productions visuelles. On pourra questionner les pratiques revendicatives autant que les pratiques ne se définissant pas comme telles, pour tenter de participer au développement du concept même de visibilité. On pourra également interroger ici les refus de représentation, les évitements ou les invisibilisations volontaires.

Axe 3 Nouvelles normativités

L’émergence de nouveaux régimes de représentation suppose potentiellement une mise en cause de normes visuelles établies, des stéréotypes télévisuels aux conventions sociales du « représentable » entendues dans une acception large. Les normes du « photographiable » (Bourdieu, 1965) qui définissent ce qu’il est légitime ou convenable de donner à voir, ne semblent pas subir de transformations radicales : la mort, même non spectaculaire, reste un tabou social par exemple. Qu’en-est-il des normes qui régissent le partage des images ? Le « photographiable » doit en effet désormais être pensé également comme un « partageable » dont les limites restent jusqu’à présent peu claires et qui désignent de potentiels interdits de représentation. C’est in fine tout le rapport à ce qui doit/peut être montré ou caché et ce qui détermine les espaces privés et publics qui mérite d’être interrogé à l’aune des pratiques contemporaines. Plus largement, les usages et les pratiques des images font potentiellement l’objet comme toute pratique sociale de prescriptions normatives qui restent à définir. Enfin, on pourra questionner ici les reconfigurations potentielles des normes dominantes.

Bibliographie

Aubert N., Haroche C. (2011). Les tyrannies de la visibilité : Être visible pour exister ? Toulouse, Eres.
Bourdieu P. (1965). Un art moyen, Essai sur les usages sociaux de la photographie. Paris, Éditions de Minuit.
Bourdieu P. (1996). Sur la télévision. Paris, Liber-Raisons d’agir.
Cardon C., Granjon F. (2010). Médiactivistes. Paris, Presses de Sciences Po.
Dalibert M., Doytcheva M. (2014). « Migrants roms dans l’espace public : (in)visibilités contraintes ». Migrations-Société, vol. 152, p. 75-90.
Fraisse G. (2014). Les excès du genre, Concept, image, nudité. Paris, Éditions Lignes.
Gunthert A. (2015). L’image partagée : la photographie numérique. Paris, Textuel.
Hall S. (1997). Cultural representation and signifying practices. New York, Sage.
Hariman R., Lucaites J. L. (2007). No Caption Needed. Iconic Photographs, Public Culture, and Liberal Democracy. Chicago, University of Chicago Press.
Honneth A. (2013). La lutte pour la reconnaissance. Paris, Folio.
Lavoie V. (2010). Photojournalismes. Revoir les canons de l’image de presse. Paris, Hazan.
Le Blanc G. (2009). L’invisibilité sociale. Paris, Presses Universitaires de France.
Meyer M., Tanner S. (2017). « Filmer et être filmé : la nouvelle visibilité policière à l’ère de la sousveillance ». Réseaux, vol. 201, p. 175-205.
Mirzoeff N. (2011). The Right to Look. A Counterhistory of Visuality. Durham, Duke University Press.
Thompson J. (2005). « La nouvelle visibilité ». Réseaux, vol. 129-130, p. 59-87.
Voirol O. (2005a). « Présentation. Visibilité et invisibilité : une introduction ». Réseaux, vol. 129-130, p. 9-36.
Voirol O. (2005b). « Les luttes pour la visibilité. Esquisse d’une problématique ». Réseaux, vol. 129-130, p. 89-121.

Sélection des propositions

La sélection des propositions de contribution se fait en deux temps :

  • sur la base d’un résumé de 1 500 à 2 000 mots qui présentera les objectifs, l’argumentation et l’originalité de la proposition ainsi que quelques orientations bibliographiques,
  • pour les résumés retenus, une seconde évaluation sera réalisée sur la base des articles définitifs.

Les instructions aux auteurs sont disponibles sur le site de la revue : https://journals.openedition.org/edc/668 L’évaluation sera assurée de manière anonyme par au moins deux lecteurs du comité. L’envoi des résumés au plus tard le 15 avril 2019 au format Word (.doc) ou PDF se fait aux deux adresses suivantes :

Les propositions d’articles et les articles définitifs d’une longueur de 35 000 signes (espaces, notes de bas de page et bibliographie compris) peuvent être soumis en français ou en anglais. Aucun engagement de publication ne peut être pris avant la lecture du texte complet.

Calendrier

15 avril : soumission des résumés pour évaluation
15 mai : notification de l’acceptation ou du refus
15 septembre : remise de la version complète des articles
15 décembre 2018 : réception des versions définitives des articles
juin 2019 : publication du numéro 54 d’Études de communication

Comité de lecture (en cours de constitution)

Anne Beyaert-Geslin, MICA / Université Bordeaux-Montaigne
Maxime Boidy, LISAA / Université Paris-Est Marne-la-Vallée
Andrea Mubi Brighenti, Université de Trento
Fathallah Daghmi, Migrinter / Université de Poitiers
Marion Dalibert, Geriico / Université de Lille
André Gunthert, LIVHIC / EHESS
Madeleine Pastinelli, Celat / Université de Laval
Nelly Quemener, IRMÉCCEN / Université Sorbonne Nouvelle
Alexandra Saemmer, CEMTI / Université Paris 8
Giovanna Zapperi, InTRu / Université de Tours

Appel à articles pour la rubrique Varias

Études de communication lance un appel à articles permanent pour sa rubrique Varias.
Toutes les propositions dans les différents domaines de la recherche en SIC sont les bienvenues. Les consignes de rédaction sont disponibles sur le site de la revue : https://journals.openedition.org/edc/.